Les années Kobukan – 1ère partie

Les années Kobukan

par Stanley Pranin (traduction française de Didier Boyet)

Une publication d’Aikido Journal

Reproduit avec l’aimable autorisation d’Aikido Journal

 

1ère partie

 

Portrait officiel du fondateur de l’aikido, Morihei Ueshiba, prise dans le Kōbukan Dōjō vers 1935

Introduction

En avril 1931, Morihei Ueshiba, Fondateur de l’aikido, ouvre un dojo privé à Tokyo, dans le quartier de Shinjuku, appelé le « Kōbukan ». Ce dojo va devenir le centre de ses activités pendant plus de dix ans et il va être étroitement lié à la création de l’aikido, l’art martial spirituel du Japon.

Pendant les années du Kōbukan Dōjō, Morihei Ueshiba va fréquenter l’élite de la société japonaise, côtoyant sommités militaires et politiques, grands hommes d’affaires et responsables de cercle religieux. Sans aspirations politiques personnelles, Morihei va enseigner et se lier à de nombreuses personnalités de l’époque, des hommes qui montraient le plus grand respect pour son incroyable savoir-faire martial et qui allaient façonner la destinée d’un Japon bientôt engagé dans une guerre meurtrière sur le continent asiatique et dans le Pacifique.

Durant ces quelques années, Morihei va observer un emploi du temps frénétique qui le voit sans cesse voyager d’un endroit à l’autre dans le région de Tokyo comme dans celle région du Kansai. Ses multiples activités et nombreuses réalisations durant cette période sont fondamentales dans l’émergence de l’Aikido moderne et méritent une attention particulière. Pour ce faire, nous avons décidé de diviser notre étude en deux parties.

La première partie va concerner les activités de Morihei à Tokyo jusqu’à l’ouverture du Kobukan, l’inauguration du dojo, ses membres les plus influents, la recherche d’un successeur, la Budō Senyokai, l’expansion dans la région du Kansai et, finalement, le deuxième incident Ōmoto et ses conséquences. La deuxième partie traitera des relations militaires et politiques entretenues par Morihei, de l’aiki budō en Manchourie, de la création de la Zaidan Hōjin Kōbukai, de la Dai Nippon Butokukai, de la création du nom ‘aikido’ et, finalement, des uchideshi et des techniques de Morihei ainsi que du système de grade employé pendant la période précédant la guerre.

Les activités de Morihei de 1925 à 1931

Le Kobukan fut fondé alors que Morihei Ueshiba enseignait déjà en plusieurs endroits de la région de Tokyo depuis environ six ans. Son installation dans la capitale était due principalement aux efforts de l’Amiral Isamu Takeshita, un enthousiaste des arts martiaux de longue date. C’est un autre officier supérieur de la marine, le Contre-Amiral Seikyo Asano, qui avait présenté Takeshita à Ueshiba. Asano était un adepte de la religion Ōmoto et il avait commencé à pratiquer le Daitō-ryū Aiki Jūjutsu avec Morihei, à Ayabe, dès 1922. Passionné par l’étude du Daitō-ryū de Morihei, Asano recommanda ce dernier à Takeshita, son condisciple à l’Académie Navale de Tokyo.

 

L’Amiral Isamu Takeshita (1869-1949), protecteur et fervent élève de Morihei Ueshiba

 

Takeshita séjourna à Ayabe dans le courant de l’année 1925 afin d’y observer le budō de Morihei Ueshiba et il revint à Tokyo persuadé qu’il venait de rencontrer un expert en arts martiaux hors du commun. Takeshita s’empressa alors à son tour de vivement recommander Morihei à l’Amiral Gombei Yamamoto, un ancien premier ministre désormais à la retraite, recommandation qui se traduisit par une démonstration dans la résidence de Takeshita devant un auditoire choisi.  Par la suite, l’Amiral Takeshita jouera un rôle très actif dans la promotion des activités de Morihei Ueshiba auprès de l’élite de la société tokyoïte. Morihei se rendra à plusieurs reprises à Tokyo pour y conduire des séminaires et de nombreux officiers de l’armée, fonctionnaires du gouvernement et membres de la haute société vont alors devenir des adeptes du style de jūjutsu de Ueshiba.

Après son installation à Tokyo en 1927, Morihei et son neveu Yoichiro Inoue commencèrent à donner des cours en divers lieux de la ville. D’abord à Shiba, dans le quartier de Shirogane, puis à Tsuna-cho, dans le quartier de Mita, et à Kuruma-cho, également dans le quartier de Shiba, et finalement, en 1930, à Mejiro. Propagée par le bouche-à-oreille, la réputation de Morihei était devenue telle qu’elle attirait un nombre d’élèves potentiellement impossible à accommoder dans ces petites installations. Compte tenu des circonstances, une solution définitive s’avérait nécessaire.

Peu après, une levée de fonds pour la construction d’un dojo permanent fut organisée par le cercle des mécènes proches de Morihei Ueshiba. Parmi les riches donateurs de cette souscription se trouvait un certain Koshiro Inoue lié par alliance à Morihei. Zenzo, le frère de Koshiro avait en effet épousé Tame, la sœur aînée de Morihei, vers la fin des années 1800, dans leur ville natale de Tanabe dans la préfecture de Wakayama. Le couple donna naissance à huit enfants dont le quatrième, un garçon, s’appelait Yoichiro. Yoichiro, dont l’oncle Koshiro avait fait fortune dans le quartier d’Asakusa à Tokyo pendant la décennie 1890, au moment de la guerre sino-japonaise, était donc le neveu de Morihei et son plus proche élève à l’époque. Nous y reviendrons. Yoichiro sollicitait régulièrement son oncle Koshiro pour financer les activités de Morihei et plusieurs membres de la famille de Koshiro ont confirmé qu’il avait participé très généreusement au financement de la construction du Kōbukan Dōjō.

 

Jigoro Kano, Fondateur du judo (1860-1938)

 

Une fois les fonds nécessaires réunis, et grâce à l’assistance de la riche famille Ogasawara, Morihei put acheter un terrain dans le quartier d’Ushigome de l’arrondissement de Shinjuku. Pendant la construction du nouveau dojo, les cours avaient lieu à Mejiro. C’est durant cette période que Jigoro Kano assista exceptionnellement à une démonstration donnée par Morihei. Fortement impressionné, Kano décida d’envoyer deux de ses meilleurs élèves, dont Minoru Moshizuki, suivre l’entraînement de Ueshiba. Le dojo de Mejiro reçut également une visite mémorable, celle du Général Makoto Miura, venu lancer un défi à Morihei. Miura avait étudié avec Sokaku Takeda vingt ans auparavant et il considérait Ueshiba comme un usurpateur qui s’était écarté de la voie du Daitō–ryū. Subjugué par la technique de Morihei, le Général reconnut sa supériorité et devint son fidèle élève et son ardent défenseur.

L’ouverture du Kobukan Dōjō

Avant d’en venir à la description de l’inauguration du dojo de Morihei à Tokyo, je voudrais rappeler un événement particulier qui s’est produit peu avant la cérémonie d’ouverture.

Du 20 mars au 7 avril 1931, le célèbre Sokaku Takeda qui avait enseigné le Daitō-ryū jūjutsu à Morihei, dirigea une série cours dans le nouveau dojo. Le fait est confirmé par une entrée du livre d’honneur (eimeiroku) de Sokaku sous le nom de Morihei certifié par son sceau. Il est probable que Sokaku avait été informé de l’ouverture du dojo privé de Morihei avec lequel il entretenait une correspondance depuis plusieurs années. On ne sait rien toutefois des circonstances dans lesquelles cette visite eut lieu. Entre les années 1920 et le milieu des années 1930, Sokaku rendit périodiquement visite à Morihei, parfois sans même annoncer sa venue. La relation entre les deux hommes s’était détériorée avec les années, au fur et à que Morihei s’affirmait dans sa position d’instructeur de budō. Il avait reçu son diplôme d’instructeur du Daitō-ryū Aikijūjutsu en 1922 mais les dispositions financières entre les deux hommes n’avaient jamais été clairement définies et finirent par s’avérer un sujet de controverse. À ce point de sa carrière, Morihei avait déjà entrepris de modifier les techniques du Daitō-ryū dans les mouvements plus fluides, moins typés jūjutsu, qui allaient caractériser son futur Aikido.

 

Entrée du livre blanc de Sokaku Takeda en date du 7 avril 1931

 

La cérémonie d’ouverture du dojo se déroula un peu plus tard pendant le mois d’avril 1931, après le départ de Sokaku, en présence de nombreux dignitaires, notamment plusieurs officiers supérieurs de l’armée et de la marine. Une photo de groupe assez rare témoigne de la présence des personnalités invitées, notamment l’Amiral Isamu Takeshita, le Général Makoto Miura, le Contre-Amiral Seikyo Asano, l’Amiral Sankichi Takahashi, le Dr. Kenzo Futaki, Harunosuke Enomoto, et le Commandant à la retraite Kosaburo Gejo. Parmi les uchideshi et les élèves de Morihei présents, on reconnait Yoichiro Inoue, Hisao Kamada, Minoru Mochizuki et Hajime Iwata. Hatsu, la femme de Morihei et son fils Kisshomaru sont également présents. Une calligraphie horizontale de la main de Onisaburo Deguchi, le maître spirituel de Morihei, se lit « Ueshiba Juku » et adorne le tokonoma. On peut reconnaître cette même calligraphie sur le mur de la première école de Morihei, dans la maison des Ueshiba à Ayabe au début des années 1920.

 

Inauguration officielle du Kobukan Dōjō en avril 1931. On reconnait Hatsu Ueshiba, Kisshomaru Ueshiba, Morihei Ueshiba, l’Amiral Seikyo Asano, l’Amiral Isamu Takeshita et le Général Makoto Miura.

 

La partie du Kobukan Dōjō réservée à la pratique représentait une surface de 80 tatami et le bâtiment abritait également le logement de la famille Ueshiba ainsi que les pièces d’habitation des uchideshi. Kisshomaru note que le dojo pouvait accueillir jusqu’à 20 uchideshi. Le bâtiment resta en usage pendant de nombreuse années et grâce aux efforts de Kisshomaru il survécut même aux incendies résultant des bombardements successifs de Tokyo pendant la guerre, alors que presque toutes les maisons voisines furent détruites. Quartier général de l’Aikikai jusqu’en 1968, le bâtiment fut alors démoli pour laisser place au Hombu Dojo de l’Aikikai que l’on connaît aujourd’hui. La résidence actuelle de la famille Ueshiba occupe l’emplacement sur lequel se trouvait le Kobukan Dōjō autrefois.

Après l’ouverture du dojo, Morihei reçut la visite des chefs de la religion Ōmoto. Hidemaro Deguchi et sa femme Naohi, le gendre et la fille d’Onisaburo, rendirent visite au Kobukan à plusieurs reprises à cette époque. Une photo prise à l’occasion d’une de ces visites a survécu et il est intéressant de noter que la calligraphie exposée dans le tokonoma n’est plus celle que l’on peut voir sur la photo de l’inauguration du dojo. Plusieurs œuvres de Hidemaro, un calligraphe de talent, sont accrochés aux murs, sans doute en l’honneur des distingués visiteurs d’Ōmoto.

Visite au Kobukan Dōjō de Naohi et Hidemaro Deguchi de la religion Ōmoto en 1931. Au milieu au premier rang : Naohi Deguchi, Hidemaro Deguchi et Morihei Ueshiba

 

L’entraînement dans le nouveau dojo

Le nouveau dojo avait un emploi du temps assez chargé avec deux cours le matin et trois dans la soirée, les uchideshi ayant toute liberté de pratiquer par ailleurs dans la journée. Il y avait relativement peu d’élèves car n’étaient acceptés que ceux recommandés par au moins deux personnalités connues. Le recrutement, surtout en ce qui concerne les uchideshi, se faisait aussi par le biais de la religion Ōmoto.

 

Démonstration par Morihei au Kobukan Dōjō vers 1931

Peu enclin au bavardage, Morihei concentrait son enseignement dans la démonstration. Il exécutait ses techniques en rapide succession, pratiquement sans explications. Sa méthode d’enseignement n’avait rien de systématique. Yoshio Sugino, le célèbre maître de l’école Katori Shinto-Ryū, qui étudia au Kobukan Dōjō pendant presque deux ans à partir de 1931, décrit une classe conduite par le Fondateur de la manière suivante :

« Contrairement aux instructeurs actuels de l’Aikikai, Ueshiba Sensei enseignait en démontrant rapidement les mouvements une seule fois. Il ne donnait aucune explication de détail. Même quand nous lui demandions de bien vouloir démontrer la même technique de nouveau, il répondait : « Non. Technique suivante ! » Il démontrait trois ou quatre techniques différentes, mais nous, on aurait aimé revoir la même technique encore et encore. Finalement on en était réduit à essayer de « voler » ses techniques. » [Extrait d’une interview pour Aiki News en 1984.]

Hisao Kamada, le premier uchideshi de Morihei, se souvient :

« Sensei prononçait souvent le mot ‘irimi.’ C’est quelque chose qui n’existe pas en judo. Je suppose que ce terme vient du Daitō-ryū Aikijūjutsu, mais je ne connais pas grande chose du Daitō-ryū. Ueshiba Sensei disait souvent : « Il faut pénétrer à l’intérieur du partenaire. Pénétrez à l’intérieur de votre partenaire et amenez-le dans votre propre intérieur ! » Il commençait par ikkajō, continuait avec nikajō puis suwariwaza. Je ne me souviens pas qu’il ait prononcé le mot « kūkinage » (littéralement « projection fine comme l’air », un terme souvent employé en judo à l’époque). On pratiquait d’autres techniques comme yonkajō, mais c’était surtout dans le but d’un bon conditionnement physique, et les transformer en applications (oyowaza) requiert une certaine réflexion. Le travail des fondamentaux s’arrêtait à gokajō, ensuite on passait aux applications. »

[Extrait d’une interview pour Aiki News en 1981.]

Les uchideshi, jeunes et vaillants, donnaient le ton à l’entraînement et la pratique était intense. Il n’y avait, à l’époque, que peu d’élèves femmes. L’une d’entre elles pourtant, je veux parler de Takako Kunigoshi, alors étudiante aux beaux-arts, sortait du lot. Son nom reste attaché aux centaines d’illustrations qu’elle réalisa pour Budō Renshū, un manuel d’instruction publié en 1933.

De cette approche d’enseignement stéréotypée, Takako Kunigoshi devait dire :

« Quelle que soit la question que l’on pouvait lui poser, la réponse était toujours la même.  De toute façon, pas un ou une seule d’entre nous ne comprenait ce qu’il disait. Je comprenais qu’il parlait de choses spirituelles, mais le sens même de ses paroles m’échappait complètement.  Après, quand on était entre nous, on se demandait ‘Mais de quoi est-ce que Sensei voulait-il bien parler ?’ »

Yoichiro Inoue, le neveu omniprésent de Ueshiba

Il est impossible de parler de cette période de la vie de Morihei sans mentionner le rôle joué par son neveu, Yoichiro Inoue. Cadet de 19 ans de Ueshiba, Inoue a passé une partie de son enfance à Tanabe et dans le Hokkaido, au sein de la famille Ueshiba. Il s’est entraîné sous la direction de Sokaku Takeda et sous celle de son oncle avant de s’installer à Tokyo vers 1925, avant que Morihei Ueshiba ne quitte Ayabe. Dès son plus jeune âge, Yoichiro a servi de partenaire à son oncle pendant les cours et les démonstrations. Lors des premières années du Fondateur à Tokyo, notamment, Yoichiro servit souvent de remplaçant à Morihei dont la santé était instable.

Yoichiro Inoue à Tanabe vers 1946

 

Inoue apparaît souvent dans les photos de groupe de la période du Kobukan qui nous sont parvenues et son importance dans le développement de l’Aikido ne doit pas être sous-estimée. Le destin a voulu que Yoichiro se fâche avec son oncle peu après la Deuxième affaire Ōmoto qui eut lieu en décembre 1935. S’ils eurent par la suite l’occasion de se retrouver à plusieurs reprises lors de démonstrations par exemple, ils ne se réconcilièrent jamais et, après la Deuxième Guerre Mondiale, ne se réunirent qu’en de rares occasions. En dépit de leur proche relation et de leurs liens familiaux, le différend entre Morihei et Yoichiro ne fut jamais résolu et il ne leur fut plus jamais possible de travailler ensemble. Les nombreux ouvrages publiés sur l’histoire de l’Aikido omettent souvent complètement la contribution de Yoichiro Inoue et passent sous silence le lien de sang qui unit les familles Ueshiba et Inoue.

La recherche d’un successeur

Avant la période du Kobukan déjà, l’une des préoccupations de Morihei était de trouver un successeur approprié qu’il espérait marier à sa fille unique Matsuko. On sait que Morihei aborda le sujet avec divers candidats possibles du monde des arts martiaux, notamment Kenji Tomiki, Minoru Mochizuki et Yoshio Sugino. Il semble même qu’un peu plus tôt, la famille des Ueshiba et celle des Inoue avaient envisagé une union possible de Yoichiro et de Matsuko malgré leur relation parentale. La pratique était assez courante avant la guerre et il semble même que Morihei et sa femme Hatsu, tous deux originaires de Tanabe aient été des cousins éloignés.

Finalement, en 1932, Kiyoshi Nakakura, un des grands experts de kendo à l’époque et élève de Hakudo Nakayama, accepta d’épouser la fille de Morihei. Les modalités du mariage furent finalisées par Morihei et Nakayama. La cérémonie eut lieu cette même année et Nakakura fut adopté par la famille Ueshiba sous le nom de « Morihiro Ueshiba ». Avec cette union, le Fondateur avait trouvé un successeur, qui plus est expert dans le maniement du sabre, une activité qui allait stimuler son intérêt grandissant pour cette arme.

Kiyoshi Nakakura, fils adoptif de Morihei Ueshiba, connu sous le nom de « Morihiro Ueshiba » en 1932

Le mariage de Nakakura et son séjour au Kobukan Dōjō dura environ cinq ans. Durant cette période, un groupe de kendo fut créé dans le Kobukan, groupe qui participa même à des compétitions. Malheureusement, pour Nakakura, d’abord et surtout un kendoka, la maîtrise des subtilités du jūutsu de Morihei s’avéra une tâche impossible et il dut se rendre à l’évidence qu’il ne représentait pas le successeur idéal. Le mariage prit fin en 1937 et Nakakura retourna dans le monde du kendo.

Après cet épisode malheureux, la succession de Morihei était de nouveau ouverte. Pour beaucoup, compte tenu des nombreuses années de collaboration dans la diffusion de l’aiki budō et la parenté avec Morihei, Yoichiro Inoue semblait le candidat de prédilection. Mais Kisshomaru, le fils de Morihei, commença à s’entraîner vers le milieu des années 1930 et devint peu à peu le partenaire de choix de son père, en particulier pour les démonstrations de sabre. Après le départ de Morihei pour Iwama en 1942, Kisshomaru, alors étudiant à l’Université de Waseda, prit la direction du Kobukan Dōjō avec le titre de dōjō-chō. À la mort du Fondateur, en 1969, Kisshomaru succéda officiellement à son père sous le titre de Deuxième Doshu.

De multiples activités d’enseignement

Avant la guerre, même si le Kobukan était le lieu où Morihei exerçait l’essentiel de ses activités, le Fondateur voyageait de manière incessante. Tous ceux qui ont étudié les années en question, ont noté la fréquence de ses déplacements dans la région de Tokyo, celle du Kansai et celle de Wakayama, y compris durant la dernière décennie de cette période,

L’emploi du temps de Morihei était toujours très chargé. Parallèlement aux cours du Kobukan, il enseignait et donnait des démonstrations dans diverses entreprises et clubs, parfois même dans des résidences privées. Mais c’est dans les institutions militaires que O-Sensei consacrait le principal de ses activités d’enseignement hors du dojo. Ces missions prestigieuses résultaient des nombreux liens qu’il avait liés dans le milieu des officiers supérieurs de l’armée et de la marine.

Toyama Gakko vers 1931. Ueshiba Morihei, en kimono, est entouré des officiers et du personnel de l’école. Hajime Iwata, un uchideshi du Kobukan Dōjō des premières heures est le dernier à droite au troisième rang.

 

S’il est difficile de dresser une liste complète et précise des lieux et dates de ses occupations d’enseignant dans le cadre militaire, on sait qu’il a exercé dans les établissements suivants :

  • Collège des forces navales (Kaigun Daigakkō), de 1927 à 1937, grâce à ses relations avec les amiraux Isamu Takeshita et Sankichi Takahashi.
  • Académie de l’Armée de terre (Rikugun Shikan Gakkō)
  • École de la police militaire (Kempei Gakkō), période inconnue, sur recommandation du Général Makoto Miura.
  • École Militaire de Toyama (Rikugun Toyama Gakkō), dans le courant des années 1930, sur recommandation du Général Makoto Miura.
  • École de formation du renseignement militaire de Nakano (Rikugun Nakano Gakkō), vers 1941-1942, sur recommandation du Général Makoto Miura.
  • À noter également plusieurs interventions à des périodes non répertoriées à l’École d’ingénierie navale (Kaigun Kikan Gakkō), à l’École des communications navales de Yokosuka (Kaigun Tsushin Gakkō) et à l’Ecole technique des torpilleurs (Kaigun Suirai Gakkō).

Les affectations d’enseignant dans les écoles militaires énumérées ici couvre la période de 1927 à 1942, date à laquelle O-Sensei se retire à Iwama. Un simple coup d’œil sur cette liste montre à l’évidence que O-Sensei entretenait des rapports étroits avec des personnalités militaires politiquement très à droite. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet.

Compte tenu des nombreuses heures d’enseignement dont il avaitla charge, il est évidentque le Fondateur ne pouvait faire autrement que solliciter l’assistance de plusieurs de ses élèves. Durant les premières années à Tokyo, Yoichiro Inoue, le plus âgé d’entre eux, assurait plusieurs cours mais après l’établissement

de la Budō Senyokai, la région du Kansai devint le centre de ses activités et Morihei dut donc faire appel à d’autres uchideshi, notamment Hisao Kamada, Kaoru Funahashi, Shigemi Yonekawa, Tsutomu Yukawa et Rinjiro Shirata.

 

 

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