T. K. Chiba Shihan – Une vie dédiée à l’Aikido

Le 5 juin 2015, T. K. Chiba Shihan s’est éteint dans sa maison de San Diego, la ville le plus au sud de la Californie, à la frontière avec le Mexique, où il vivait depuis 1981. Avec lui disparaissaient une certaine idée de l’Aikido et de la manière sinon de l’enseigner, en tout cas de tenter d’en transmettre les principes.

J’ai connu Chiba Sensei dès les premières années de mon apprentissage de l’Aikido (probablement vers 1973 ou 74, ma mémoire est infidèle) et je suis resté en contact étroit avec lui de fin 1977, année de mon installation au Japon, à sa mort, bien que je n’aie jamais occupé un rôle d’uchideshi ou de kenshusei dans aucun de ses dojos successifs.

À l’exception peut-être de Saito Morihiro Sensei, Chiba Sensei est l’un des rares élèves d’Aikido d’après-guerre à avoir côtoyé de très près le Fondateur de cet art, Morihei Ueshiba.

Entré au Hombu Dojo en 1958, il en partira en 1966 pour se rendre en Grande-Bretagne y enseigner un Aikido qu’il est encore loin de maîtriser. Sans contact ou presque avec le Japon, sans source d’information immédiate (les ordinateurs personnels et internet n’existent pas encore) et confronté à des difficultés inhérentes à la langue (il ne parle pas anglais), aux habitants (les Anglais entretiennent une rancœur durable à l’égard des Japonais nourrie par le souvenir du traitement infligé aux prisonniers pendant la Guerre du Pacifique) et aux problèmes politiques qui opposent les dirigeants administratifs de l’Aikido en Grande Bretagne (son contrat est très vite rompu), Chiba Sensei va réussir à surmonter tous les obstacles et à développer et approfondir le simple savoir et les faibles connaissances acquis durant les huit petites années passées au Hombu Dojo pour devenir l’un des plus formidables aikidoka et l’un des plus prolifiques instructeurs de sa génération.

J’ai personnellement tiré un grand enseignement de l’expérience que Chiba Sensei a vécue durant ses années anglaises et quand le découragement me gagnait, je m’efforçais de penser à l’effort considérable qu’il avait dû déployer, seul et loin de toutes les sources auxquelles il aurait pu se référer, pour continuer à pratiquer, à chercher et à poursuivre la voie que O-Sensei avait ouverte pour lui.

Les textes qui vont suivre narrent cette vie consacrée exclusivement à l’Aikido, selon les propres mots de Chiba Sensei, recueillis par une de ses élèves (Lori Stewart) et traduits en français par mes soins. Ces textes ont été publiés diversement dans les magazines Sansho et Biran, organes médiatiques des divers dojos du groupe Birankai établi par Chiba Sensei durant les années passées aux États-Unis.

Une biographie complète a été rédigée, en anglais, par Liese Klein, une élève de Chiba Sensei, et publiée en 2018 par Summit Aikikai. L’édition originale est épuisée mais une nouvelle édition numérique devrait être prochainement disponible en ligne.

Chiba Sensei repose dans le cimetière attenant au Temple Chōgenji de Kannami dans la préfecture de Shizuoka, le temple dont Yamahata Hogen, un ami de longue date de Chiba Sensei, était l’abbé supérieur.

 

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2 commentaires sur “T. K. Chiba Shihan – Une vie dédiée à l’Aikido

  1. bonjour

    La mémoire est ce qui nous manque dans les arts martiaux. On côtoie des personnes mais pour ceux qui n’ont pas la chance de l’avoir c’est un vide.
    merci pour ces informations
    Philippe

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