1ère Partie – Les années Hombu dojo

Au début de l’année 1957, alors que je pratiquais le judo, j’ai eu une altercation avec un kendoka. Il m’a donné une bonne correction sans que j’aie la possibilité même de le toucher. J’ai reçu ce jour-là une leçon intéressante pour un pratiquant d’arts martiaux : battre un opposant en tentant uniquement de le saisir relève de l’impossible.

J’ai abandonné le judo et je me suis mis à la recherche d’une forme quelconque qui me permettrait de faire face à toutes les situations, que l’adversaire soit armé ou non.

Un an plus tard, au début de l’année 1958, de passage dans une librairie à Tokyo, je suis tombé sur un livre consacré à l’Aikido. C’était en fait le premier ouvrage de vulgarisation de l’Aikido, signé par Kisshomaru Ueshiba Sensei (le fils du fondateur d’Aikido, O-Sensei) et écrit en 1956 sous la direction du Fondateur.

Après avoir ouvert le livre je me suis trouvé face à la photographie d’un vieil homme doté d’une longue barbe blanche. J’ai su immédiatement que c’était l’homme que je cherchais. Je n’avais pas le moindre doute qu’il était celui qui devait être mon maître.

J’ai acheté le livre et je l’ai lu d’une traite. Je n’y ai pas compris grand-chose et je ne voyais pas bien ce dont il était question sinon qu’on y percevait un rapport avec le maniement du sabre. La noblesse des sentiments exprimés me ravissait et j’écartai donc le reste. Je décidai de rendre visite à O-Sensei et, unilatéralement, de devenir son élève. Je me déchargeai des problèmes familiaux sur ma mère (ma famille à l’époque traversait une crise) et pris garde à ne pas informer mon père de ma décision de quitter la maison, une décision que, bien évidemment, il n’aurait pas approuvée.

J’ai quitté ma famille le 3 février 1958. Ma mère m’a dit de ne pas m’inquiéter au sujet de mon père, qu’elle lui expliquerait ce que j’avais l’intention de faire, mais en revanche elle me notifia que je ne devais pas tenter de revenir avant trois ans.. En me fermant ainsi la porte elle m’incitait à poursuivre mon rêve sans regret d’aucune sorte.

Quand je suis arrivé au Hombu Dojo, le Fondateur ne s’y trouvait pas. Je suis resté devant l’entrée du dojo pendant trois jours. Ma demande, plusieurs fois réitérée, d’être accepté comme uchideshi (lit. élève à demeure ou disciple) avait été fermement rejetée . Mais ma volonté était inébranlable et je savais que, d’une manière ou d’une autre je finirais par être accepté. Je me suis donc assis sous le pin qui se trouvait devant l’entrée du dojo et j’ai attendu.

Entrée du Hombu Dojo dans les années 50
Entrée du Hombu Dojo dans les années 50

Le destin veillait sur moi. O-Sensei est arrivé pour une visite au Hombu le soir du troisième jour. Je ne savais pas qu’il vivait alors à Iwama et qu’il ne se rendait plus ou moins régulièrement à Tokyo que toutes les deux semaines environ. Si je l’avais su, je n’aurais pas pris la peine de camper ainsi devant Hombu Dojo et je serais allé directement à Iwama.

Mon insistance avait semé le trouble auprès des membres du Hombu Dojo et il leur fallut se résigner à me conduire devant O-Sensei. « Père, voici je jeune homme dont je vous ai parlé. » dit Waka Sensei (lit. le jeune maître, Kisshomaru Ueshiba, fils de O-Sensei) à son père en me présentant.

L’homme dont je n’avais vu que la photographie dans un livre se trouvait là, assis tout près de moi, dans sa propre maison, le dos tourné au kaminada, l’autel Shinto familial. Son regard était directement posé sur moi. J’essayais de toutes mes forces de soutenir ce regard pour tenter de percer le type d’homme qu’il était. J’ai compris, sans la moindre hésitation, que je me trouvais au bon endroit, au bon moment, et j’ai alors vécu un moment de grande joie et de grand bonheur. L’homme que je cherchais tant était devant moi. Ma quête venait de se terminer, une nouvelle aventure allait commencer.

Je n’avais aucune référence sérieuse ni lettre de recommandation à présenter, mais je ne m’en souciais pas. Je me présentais doté d’une sincérité absolue et habité par une détermination inébranlable, ce qui, pensais-je, était absolument nécessaire. Dans l’attente d’entendre enfin sa voix, je me prosternai devant lui, tremblant de joie de l’avoir trouvé. Il me rappelait l’arrière-grand-père que j’avais perdu il y avait déjà plusieurs années.

« La discipline des Budo n’est pas une chose facile. Êtes-vous sûr que vous voulez vous y engager ? » me demanda-t-il dans un japonais marqué par un fort accent de l’ouest du pays.
« Oui, maître », répondis-je sans hésitation.
« Qu’il reste donc » dit-il. Et ce fut tout. Cela n’avait pas duré plus de cinq minutes. On était le 5 février 1958.

Mon souhait venait de se réaliser et durant les sept années qui allaient suivre, avant de gagner le port de Sasebo pour me rendre en Grande-Bretagne, je me suis efforcé, dans toute la mesure du possible, de me tenir au plus près le lui.

Comme je le disais plus haut, O-Sensei avait l’habitude de venir à Tokyo toutes les deux semaines environ, un voyage qui demandait environ trois heures par le train depuis Iwama. Il restait en général à Tokyo pour quelques jours, enseignait surtout le cours du matin puis, bien sûr, se rendait dans divers lieux saints pour prier et rencontrer les grands prêtres Shinto. Quand il se rendait dans le Kansai il avait également l’habitude de passer d’abord quelques jours à Tokyo. Il gagnait ensuite Osaka avant de se rendre à Kyoto, Kobe, Wakayama, Shingu et Tanabe, sa ville natale, dans le sud-ouest du pays. Là, il visitait les lieux saints et allait voir ses anciens disciples qui dirigeaient maintenant des dojos.

Chiba Sensei uke pour O-Sensei

J’ai donc étudié sous la direction de O-Sensei toutes les fois qu’il se trouvait à Tokyo et quand je devais le raccompagner à Iwama où je tâchais de rester aussi longtemps que possible, en général pas plus de quelques jours avant qu’on me rappelle à Hombu. Je l’accompagnais également souvent lors de ses voyages dans la région du Kansai, voyages qui duraient de huit à dix jours. Le désir que j’avais d’être le plus souvent avec lui n’allait pas de pair avec mes obligations d’uchideshi au Hombu Dojo. Ce n’est que lorsque O-Sensei se trouvait à Tokyo que je pouvais concilier les deux en toute sérénité.

Peu après avoir été nommé shodan (ceinture noire premier niveau) le 15 janvier 1959, j’ai été désigné pour l’accompagner lors de tous ses nombreux voyages dans le Kansai. Bien que je puisse alors me trouver à ses côtés pour recevoir son enseignement, c’étaient des voyages éprouvants.

Un voyage d’une semaine exigeait un effort épuisant d’attention, de réceptivité et de disponibilité, jour et nuit. J’étais en permanence dans un état de total épuisement alors que j’avais à peine plus de vingt ans et étais en parfaite santé. Je prenais soin de O-Sensei de jour comme de nuit et je servais d’uke (partenaire dans la pratique de l’Aikido) pour des techniques qu’à l’époque je connaissais mal.

Chaque jour, la confrontation avec les pratiquants dans les divers dojos que l’on visitait et ma volonté de ne pas trahir ou ne pas manquer à mon statut d’uchideshi, résultait en une fatigue qui s’ajoutait à celle du jour précédent et qui devenait de plus en plus insupportable avec le temps. Je me souviens encore d’un long voyage dans l’île de Kyushu en 1961 et de l’épuisement dans lequel il m’avait laissé alors que j’étais pourtant à l’époque un pratiquant plus expérimenté.

Au hombu dojo il y avait deux types d’uchideshi dont les fonctions n’étaient pas les mêmes.

Il y avait ceux qui vivaient dans le dojo et qui étaient pris entièrement en charge par le dojo qui leur assurait le logement, la nourriture, l’enseignement gratuit et leur donnait même un peu d’argent de poche. À eux d’assurer l’entretien du dojo (nettoyage, travaux de réparation), , de faire les courses, d’aider à préparer les repas, de s’occuper de faire chauffer le bain, d’accueillir les visiteurs, d’accompagner les enfants du maître à l’école, d’inscrire les nouveaux élèves, de comptabiliser les cotisations, de tenir les livres de compte et le journal du dojo. Ils devaient également participer à tous les cours, dès six heures et demie du matin, à savoir cinq heures par jour, tous les jours de la semaine sauf le dimanche.

Toutes les fois que O-Sensei se trouvait au Hombu dojo, les tâches quotidiennes étaient encore plus ardues et certains des uchideshi devaient l’assister, c’est à dire le masser, préparer son bain, lui faire la lecture et suivre ses cours de calligraphie. Il fallait également l’accompagner ainsi que Doshu (Kisshomaru Ueshiba Sensei) lorsqu’il enseignait dans l’un des divers dojos de Tokyo, porter ses bagages et lui servir d’uke pendant les cours.

Le porche du dojo ouvrait vers six heures du matin pour accueillir les élèves venus de l’extérieur pour le premier cours.. Avant son ouverture, il incombait aux uchideshi de procéder au nettoyage du dojo et de ses abords. Le porche ne pouvait être refermé qu’après le retour du Fondateur. Quelle que soient ses occupations et l’heure à laquelle il rentrait, quelqu’un se devait de l’accueillir. Le porche pouvait alors être fermé pour le reste de la nuit et les uchideshi pouvaient aller se coucher. Le lever et le coucher des membres du dojo dépendaient entièrement de l’emploi du temps du Maître.

Deshi du Hombu Dojo dans les années 60
Deshi du Hombu Dojo dans les années 60

Il y avait également un deuxième type d’uchideshi qui vivaient et s’entraînaient dans le dojo, mais dont les frais de subsistance étaient assurés par leurs familles. La plupart d’entre eux étaient étudiants et s’entraînaient uniquement le matin et le soir. Ils n’étaient pas astreints aux tâches et obligations des autres uchideshi.

Les obligations et le travail incombant aux uchideshi n’avaient rien, à proprement parler, d’obligatoire. Tout se faisait simplement, dans une atmosphère de discipline auto-imposée. Nous étions tous reconnaissants de ce qui nous était donné et il nous semblait naturel d’exécuter les tâches nécessaires. Personne n’attendait d’ordre précis pour faire ce que le sens commun commandait de faire pour la bonne marche du dojo. Ce comportement impeccable était en accord parfait avec les principes de l’Aikido.

Pour ma part, je ne comprenais pas vraiment l’importance de tout cela et je détestais ma position, surtout lorsqu’il me fallait accomplir une tâche dont personne d’autre voulait se charger. Évidemment, plus on était haut placé dans la hiérarchie du dojo, moins on avait d’obligations et les travaux les plus ingrats revenaient toujours aux uchideshi les plus jeunes. J’avais beaucoup de difficultés à l’accepter. J’étais souvent en colère et frustré. Et puis un jour, j’ai compris que les tâches que j’effectuais n’avaient d’autre but que me donner la satisfaction du travail bien accompli et qu’elles n’étaient en rien une obligation.

Une des tâches auxquelles je tenais, mis à part d’assister au mieux O-Sensei, était le nettoyage du dojo. Avec ce travail je procédais à de véritables séances d’auto-purification. J’étais fier quand le sol du dojo brillait comme un miroir.

Avec toutes les obligations et les responsabilités inhérentes à la position d’uchideshi au Hombu Dojo, mon souhait de me trouver aux côtés de O-Sensei à Iwama (où il s’était retiré et vivait une existence simple selon les trois principes de dévotion religieuse, d’agriculture et de Budo) n’était pas réalisable, sinon à l’occasion de brèves visites lorsque je l’assistais. J’essayais toujours de trouver une excuse pour rester plus longtemps auprès de lui, ce qui n’était pas du goût du Hombu Dojo qui me pressait de rentrer à Tokyo au plus vite.

Finalement, la chance m’a souri et j’ai pu réaliser mon rêve, mais à grand prix. Durant l’été de l’année 1960, à une époque où j’étais particulièrement fatigué, je me suis sérieusement blessé au niveau des lombaires et j’ai dû cesser tout entraînement. J’ai alors traversé la période la plus frustrante et la plus noire de ma vie. Tous les médecins que j’ai consultés s’accordaient à me dire que je devais immédiatement cesser d’envisager tout retour à une activité physique quelconque. J’ai bien sûr refusé de les croire et je suis allé voir un médecin qui préconisait un traitement naturel basé sur le jeûne. J’ai été hospitalisé dans sa clinique pour un séjour de six mois durant lequel j’ai suivi un jeûne.

Une fois mon système purifié et remis sur pied j’étais toujours aussi déterminé à reprendre l’entraînement malgré les douleurs de dos incessantes qui me tourmentaient.

Comme je n’étais pas encore prêt à reprendre le régime intense exigé par l’entraînement au Hombu Dojo, on m’autorisa à m’absenter pour un temps et j’en profitai pour me rendre à Iwama. Grâce à l’environnement naturel de l’ endroit mes blessures disparurent rapidement et je retrouvai mes forces. Je participais aux prières du matin et à celles du soir, j’aidais aux travaux d’agriculture, je m’entraînais seul dans les bois et je me tenais aussi près de O-Sensei que possible.

La vie à Iwama était très différente de celle de Tokyo. Je me levais avant le soleil pour procéder aux préparatifs nécessaires pour les prières matinales que O-Sensei effectuait en trois endroits différents. Tout d’abord dehors, au lever du soleil, puis dans le sanctuaire de l’Aikido et enfin devant l’autel dans le dojo. Tous les matins il me fallait préparer de l’eau fraîche, garnir les offrandes de riz et de sel, mettre une branche de pin dans un vase, puis placer le tout dans le sanctuaire et devant l’autel où se déroulaient les prières en l’honneur des Dieux.

Après le petit-déjeuner, notre travail nous conduisait dans les champs (il y avait à l’époque un autre uchideshi à Iwama qui était là pour aider aux travaux agricoles). Ce travail des champs était très dur en été où la température pouvait atteindre 40ºC et même davantage . Les fermiers de la région tendaient d’ailleurs à éviter de travailler pendant les heures très chaudes de la journée et se rendaient plutôt dans les champs tôt le matin et tard dans l’après-midi. Nous, par contre, travaillions toute la journée car nous mettions un point d’honneur autant à endurer les mauvaises conditions qu’à cultiver les champs.

Il fallait également nettoyer le sanctuaire et ses abords, assurer l’entretien du dojo et de la maison du Fondateur, s’occuper du compost pour les champs, assurer l’accueil des visiteurs, aider aux travaux de la cuisine et prendre soin de O-Sensei.

Le sanctuaire (Aiki Jinja) à Iwama
Le sanctuaire (Aiki Jinja) à Iwama

Le travail des uchideshi à Iwama était supervisé par Saito Sensei et sa femme. Saito Sensei était l’un des plus anciens disciples de O-Sensei et la loyauté dont il faisait preuve ainsi que la précision d’exécution de toutes les tâches qu’il entreprenait dans le cadre du dojo m’ont permis de mieux comprendre ce qui était attendu de moi et ce qui relevait de ma responsabilité. C’est en observant son comportement exemplaire que j’ai appris ce que signifiait être le disciple d’un maître de Budo.

Être un ushideshi consiste non seulement à apprendre et à s’enrichir en tant qu’élève, mais également à comprendre ce qui, a priori, peut paraître inacceptable ou d’une certaine manière irrationnel.

Il s’agit en premier lieu de renoncer à toute conviction personnelle concernant le bien ou le mal, ce qu’on aime ou ce qu’on n’aime pas. En d’autres termes, il faut accepter la personnalité du Maître dans son ensemble sans la moindre remise en question. Je ne parle toutefois pas d’aveuglement car il est ici question d’une soumission complète librement acceptée, dans la détermination et la volonté de tout accepter sans toutefois renoncer à sa propre analyse des choses.

Tous ceux qui se sont trouvés au service de O-Sensei ont appris ce qu’il fallait faire sans qu’il soit nécessaire de leur donner des ordres. . Un disciple doit être prêt à recevoir l’enseignement de son maître sous toute forme et à tout moment. Le maître et le disciple sont en conflit permanent, un peu comme le sont le sabre et la pierre à polir. L’un ou l’autre de ces éléments peut à tout moment faire volte-face. La survie du rapport entre ces deux individus repose sur ce qui les rapproche, à savoir un amour ou une passion qui ignore la raison.

Ma première et principale préoccupation concernait le confort, la sécurité et la santé de O-Sensei ; il m’incombait de remplir cette tâche à la perfection sans qu’on me le demande ou qu’on me l’ordonne. Cette préoccupation et cette vigilance devaient être assurées en permanence, de jour comme de nuit, quels qu’étaient les besoins. Il fallait faire preuve d’une grande vivacité et d’un degré élevé d’attention, et tout devait être exécuté avec une parfaite clarté d’esprit. Après des années de pression et d’épuisement, on finit par atteindre un niveau de conscience aigu qui devient normal et naturel.
Ma vie d’uchideshi est probablement la période pendant laquelle j’ai reçu la formation la plus importante et la plus précieuse. Et pourtant je n’ai aucune mémoire des techniques que le Fondateur enseignait oralement, ni d’une manière générale, ni dans le détail. Il n’expliquait jamais rien. Il me fallait l’observer aussi attentivement que possible pour tenter de ressentir ce qu’il faisait. C’est dans ces moments précis que l’expression « voir, c’est exister » prend tout son sens. Je ne sais pas jusqu’à quel point l’élève doit être proche du maître pour survivre ainsi. Et il ne s’agissait pas non plus de s’approcher de trop près. Selon une vieille expression japonaise, « l’élève doit se tenir trois pas derrière son maître, sans jamais marcher sur son ombre ».

Je lui suis éternellement reconnaissant pour tout ce qu’il m’a donné et j’apprécie immensément l’aspect traditionnel et la profonde valeur de sa méthode d’enseignement, une forme qui elle-même a presque disparu de notre société moderne.

Le jour où j’ai quitté Tokyo pour me rendre au port de Sasebo, dans la préfecture de Nagasaki, afin de m’embarquer pour l’Angleterre, le 12 mars 1966, O-Sensei était là, dans la salle de réception du Hombu Dojo, pour recevoir mes adieux et mes salutations avant mon départ. Après tout, c’était bien sur son ordre que je me rendais en Angleterre, et contre ma propre volonté.

J’étais un peu en retard en raison des problèmes de circulation dans Tokyo. Il avait l’air très agité, et je l’étais aussi en raison de la longue séparation que nous allions vivre. Il m’offrit quelques morceaux de poulpe séché et un verre de sake, tout en me disant de ne pas m’inquiéter pour le vieil homme qu’il était car il comptait bien vivre jusqu’à l’âge de 125 ans dans l’attente de mon retour. Il me souhaita bonne chance et ce fut la dernière fois que je le vis. Ses derniers mots se sont imprimés dans ma mémoire après sa mort en 1969, mais ce n’est que récemment que j’ai pris conscience de tout leur sens.

Il y a bien longtemps qu’il est parti maintenant mais je n’ai jamais perdu le contact avec lui et je ressens tous les jours sa présence auprès de moi. Je me souviens de son apparition, en rêve, il y a quelques années, alors que j’avais quelques soucis avec un de mes élèves, pour me rassurer et m’assurer que tout irait bien.

J’espère sincèrement que le récit de ces quelques souvenirs aidera à entretenir sa mémoire et encouragera ceux qui étudient l’Aikido à persévérer même si la manière dont j’ai pu personnellement étudier sous sa direction n’a plus lieu d’existence dans nos sociétés modernes, ni même dans mon propre pays.

 

[à suivre]

 

T. K. Chiba Shihan – Une vie dédiée à l’Aikido

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